Le terme « féminicide » est un mot qui gagne en reconnaissance et en visibilité. Nous l’entendons et le lisons de plus en plus souvent : prenons donc le temps d’en explorer ensemble la signification et les enjeux.  

Aux origines du mot 

Dans les années 1970, avant l’apparition du terme féminicide, est né le concept de fémicide. Ce mot, créé par des féministes et des sociologues à Bruxelles dans le cadre du Tribunal international des crimes contre les femmes, désigne le meurtre d’une femme en raison de son genre. Il s’agit donc d’un acte motivé par l’appartenance de la victime au genre féminin, et il intègre une dimension individuelle. 

De « fémicide » à « féminicide »

Dans les années 1990, la sociologue mexicaine Marcela Lagarde y de los Ríos forge le terme « féminicide », qui propose une conceptualisation distincte du fémicide en intégrant une dimension collective.  

Ce concept prend forme dans le contexte tragique de Ciudad Juárez, au nord du Mexique, à la frontière avec les États-Unis. Pendant cette décennie, la ville se transforme en un vaste pôle de fabriques employant une main-d’œuvre féminine peu coûteuse et peu qualifiée, ce qui engendre un capitalisme industriel exacerbé. Ce modèle économique accentue les inégalités sociales et la vulnérabilité des femmes.  

Dans cette même période, à Ciudad Juárez et dans ses alentours, des centaines de jeunes femmes disparaissent. Leurs corps sont retrouvés dans des fosses communes ou dans le désert, portant des traces de violences sexuelles, de mutilations et de tortures. Malgré l’ampleur des crimes, l’impunité règne.  

Ces faits révèlent trois parmi les nombreuses dimensions du féminicide : le crime de masse, le crime de haine et le crime d’État.  

Et cette réalité ne concerne pas seulement d’autres pays. 

Depuis le 1er janvier 2025, la Suisse a déjà recensé 28 féminicides, contre 19 pour toute l’année 2024
Cette augmentation dramatique rappelle que nous faisons face à un phénomène systémique qui nous touche directement

Photo de Marcela Lagarde y de los Ríos.

[Photographie]. (s.d.). Ajuntamiento Barberà del Vallès. https://www.bdv.cat/es/noticies/marcela-lagarde-y-de-los-rios-llena-la-biblioteca-esteve-paluzie

Le féminicide comme crime de masse 

Le féminicide ne se limite pas à des actes isolés : il s’agit d’un phénomène collectif qui touche les femmes et les filles, qu’elles soient cisgenres ou transgenres. Les victimes ne sont pas ciblées pour des motifs personnels, mais en raison de leur identité de genre. La répétition et la systématicité de ces violences montrent qu’elles s’exercent contre les femmes en tant que groupe social, révélant l’ampleur structurelle et systémique de ce crime de masse. 

Le féminicide comme crime de haine 

Ces crimes traduisent une haine profonde du féminin. Les violences, les tortures et les mutilations infligées aux victimes témoignent d’un acharnement qui dépasse l’acte de tuer. Comme l’explique l’anthropologue Rita Segato, le corps des femmes devient un champ de messages, un instrument de domination symbolique.  

Ce phénomène s’inscrit dans ce que Christelle Taraud appelle le « continuum féminicidaire » : les violences faites aux femmes s’étendent de la naissance à la mort, sous des formes multiples et quotidiennes. Le féminicide n’en est que l’aboutissement, le sommet visible d’un système patriarcal qui légitime la violence masculine.  

Photo de Rita Segato. 

Photo de UNAM, 2025, Gaceta UNAM. https://www.gaceta.unam.mx/de-ensayista-a-poeta-estoy-saliendo-del-closet-rita-segato/

Photo de Christelle Tarraud. 

[Photographie]. (s.d.). Le soir. https://www.lesoir.be/497580/article/2023-02-27/christelle-taraud-historienne-ce-sont-les-femmes-qui-ont-connu-les-premieres

Le féminicide comme crime d’État 

Si ces violences sont systémiques et structurelles, c’est qu’elles trouvent une forme de légitimation implicite dans les structures mêmes du pouvoir. Le patriarcat, système de domination du masculin sur le féminin, constitue l’ossature de nos sociétés.  

C’est dans ce cadre que s’inscrit le concept de nécropolitique, élaboré par Achille Mbembe. Cette « politique de la mort » désigne la responsabilité des gouvernements dans la survie ou la disparition de certains groupes sociaux. Le féminicide en est une expression : la tolérance de l’impunité, le silence institutionnel et l’inaction politique perpétuent la mort sociale et physique des femmes.  

La manière dont les femmes tuées de Ciudad Juárez ont été traités — avant, pendant et après leur mort — illustre non seulement la haine du féminin profondément enracinée, mais aussi l’inaction et la complicité implicite des institutions locales, soulignant comment le féminicide devient un symptôme de la nécropolitique et du pouvoir patriarcal au sein de la société.  

Photo de Achille Mbembe. 

[Photographie]. (s.d.). University of the Witwatersrand. https://www.universityworldnews.com/post.php?story=20240314045848185

L'importance de nommer le féminicide 

En Suisse, le terme féminicide n’est toujours pas reconnu dans le droit pénal. Les meurtres de femmes restent classés comme homicides « ordinaires », ce qui invisibilise leur dimension sexiste et systémique

Pourtant, reconnaître ce terme dans la loi permettrait de mettre en lumière la spécificité de ces crimes : ils ne sont pas des faits isolés, mais bien le résultat d’un système de domination patriarcale

De plus, l’inscrire dans le cadre légal le rendrait identifiable, renforcerait sa visibilité et nourrirait un débat public mieux informé. 

En définitive, une telle reconnaissance constituerait un acte symbolique et politique fort, ouvrant la voie à des politiques publiques plus adaptées pour prévenir et combattre les violences faites aux femmes. 

Numéros d'urgence

En cas de violences, tu n’es pas seule. 

En cas d’agression sexuelle, préserve les preuves : ne pas se laver, garder les vêtements. 

Numéros d'urgences

  • Police / danger imminent : 117 
  • Ambulances / urgences médicales : 144 

Vaud (VD) – contacts principaux 

  • La Main Tendue (violences sexuelles et domestiques) : 143 
  • Enfants et adolescent·e·s en détresse : 147 
  • Centre LAVI, Lausanne : 021 631 03 00 
  • Centre Social Protestant (CSP) : 021 560 60 60 
  • Rainbow Spot (LGBTQIA+) : 076 549 80 91 

Genève (GE) – contacts principaux

  • Centre d’aide aux victimes LAVI : 022 320 01 02 
  • Viol-Secours : 022 345 20 20, viol-secours.ch 
  • Ligne d’écoute pour violences domestiques : 0840 110 110 
  • Consultation enfants et jeunes : 147 
  • Association 360° (service juridique LGBTIQ+) : 022 741 00 70

Références