
Bonjour Tatianah. Pouvez-vous vous présenter ?
Je m'appelle Tatianah (Elle), mariée et mère. Je suis originaire de Madagascar mais j’ai grandi en Suisse. Pendant des années, j’ai travaillé dans une structure qui accompagne des personnes en situation de handicap et maintenant je m'oriente vers la massothérapie. En même temps, je m'investie surtout dans des associations qui défendent les droits humains. Cela me tient beaucoup à cœur.
Pourquoi rejoignez-vous l’association Ademag ?
J’ai rejoint Ademag car cette association correspondait pleinement à mes valeurs : féminisme, solidarité, défense des droits des femmes, lutte contre les violences machistes…C’était pour moi une évidence de m’engager comme bénévole afin d’apporter mon soutien aux femmes qui en ont besoin. Le fait que la défense des droits des femmes racisées, migrantes ou non, fasse partie des combats d’Ademag, a joué un rôle important dans ma prise de décision de rejoindre l’association.
Je me suis également investie à Ademag par le biais de mon intérêt pour les épices en provenance de mon pays, Madagascar. Cela m’a permis de participer à plusieurs éditions d’Alternatiba Léman, durant lesquelles j’ai présenté mes produits. Je crois au potentiel de l’économie artisanale dans la mesure où elle peut permettre aux femmes en situation difficile de reprendre confiance en elles et de gagner en autonomie.
D’où vient votre engagement féministe ?
Je me suis intéressée très tôt aux questions féministes, dès l’âge de 6 ou 7 ans. J’ai été témoin en grandissant de violences faites aux femmes et, dès lors, j’ai décidé que je ne voulais pas vivre cela. Ainsi, j’ai construit mon existence dans le sens de me battre au quotidien non seulement pour mon droit d’exister en tant que sujet autonome, mais aussi pour les droits des autres femmes.
Comment êtes-vous devenue multiplicatrice ?
C’est donc tout naturellement que lorsqu’on me propose de rejoindre les Multiplicatrices, pour moi, c’est une évidence. D’une certaine manière, c’est quelque chose que je faisais déjà un peu à Ademag, mais je souhaitais développer et enrichir les outils acquis dans l’association pour poursuivre mon combat et ce programme m’a semblé tout à fait adéquat pour cela.
Qu’est-ce que la formation vous a apporté ?
Les cours sont très intéressants. Il y a de la théorie entrecoupée de moments pratiques et cette formation initiale prépare vraiment au terrain. J’y ai découvert des concepts que je connaissais peu, voire pas du tout, notamment autour des questions LGBTQIA+. Aujourd’hui, je me sens mieux armée pour faire face à différentes situations. Plusieurs associations aux combats similaires viennent se présenter durant la formation ce qui permet d’avoir une vision à 360 degrés du tissu associatif local et c’est très précieux.
Les supervisions sont également un moment privilégié durant lesquels les Multiplicatrices ont l’occasion de présenter des cas (avec évidemment la confidentialité nécessaire) afin que nous en discutions toutes ensemble. Aussi, nous ne sommes jamais seules face à ces problématiques.
L’écoute est une compétence centrale que nous développons lors de la formation.: écouter sans juger, sans chercher à résoudre le problème à la place de l’autre, mais en accompagnant. Évidemment, on souhaiterait que les choses se passent autrement, mais le respect de la victime restant au centre, on s’adapte à elle. On ne va pas forcément sauver toutes les femmes que nous rencontrons et on peut ressentir de la frustration. Mais cela n’atténue en rien mon envie de lutter encore plus pour elles.
En tant que Multiplicatrices, il est primordial selon moi de connaître ses limites le plus possible. En effet, il importe que les victimes puissent s’appuyer sur des épaules solides, et ne pas savoir ce que l’on est capable de supporter, ça peut rapidement poser un problème.
Comment vous définissez-vous en tant que multiplicatrice ?
Pour moi, être multiplicatrice, c’est transmettre : partager son expérience et diffuser des informations pour que d’autres femmes puissent, à leur tour, les transmettre.
Je me considère surtout comme une femme forte, profondément révoltée par les inégalités qui persistent. Il y a encore tant à faire sur le plan politique, économique et social entre autres. Aussi, je m’évertue au quotidien à promouvoir autour de moi une autre vision des relations entre les hommes et les femmes. Ce qui fait que je suis une Multiplicatrice au quotidien, que ce soit dans mon travail, dans l’espace public ou dans mon propre foyer. Je crois en la collaboration entre les genres et non à une séparation genrée de l’espace public et familial. A mon fils, j’apprends les gestes et l’attitude essentiels pour être un homme respectueux de l’Autre et cela passe par de simples gestes comme l’apprentissage des tâches ménagères et la déconstruction de l’idée que c’est un homme-roi. Je tiens cela de ma propre mère qui s’est évertuée à aplanir les différences entre mes frères et les autres femmes de la famille : elle tenait à ce que homme et femme, nous soyons tous capables d’être autonomes.
Les Multiplicatrices sont d’origine et de cultures diverses et c’est très enrichissant de rencontrer leurs méthodes qui peuvent en certains points différer des miennes. Chacune de nous est porteuse d’un combat et d’une histoire personnelle qui font que nous nous sentons toutes portées par une force et une énergie commune. On se rend aussi compte que, malgré nos différences, certaines problématiques se ressemblent, ce qui renforce les liens entre nous.
Être Multiplicatrice ne nous protège pas des difficultés dans nos propres vies. Mais, les outils délivrés durant la formation nous permettent de mieux comprendre certaines situations et ne plus simplement les subir. Ceci renforce le fait que nous avons pleinement conscience que nous ne pouvons pas forcément ni prendre la place de la Multiplicatrice qui s’occupe d’un cas, ni prendre la place d’une victime. De plus, cela nous oblige à une certaine humilité. Les situations sont souvent lourdes sur le plan émotionnel et cela peut avoir un impact considérable sur nous. Aussi, il importe que nous conservions une certaine distance pour permettre à la victime de se sentir en sécurité.
Que signifie « prendre soin » pour vous ?
Pour moi, prendre soin signifie d’abord et avant tout, prendre soin de soi, parce que il est difficile de soutenir les autres si l’on n’est pas soi-même en équilibre. Et surtout, il est aussi essentiel de s’appuyer sur les autres Multiplicatrices. La solidarité est au cœur de notre engagement et c’est ce qui nous permet de tenir dans la durée.
Tatianah, merci.
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