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JEANNE

Bonjour Jeanne, comment êtes-vous devenue Multiplicatrice ?
En parallèle de mes activités professionnelles à Berne où je suis arrivée avec mes parents et ma fratrie en automne 1965 en raison de la profession de mon père, puis plus tard avec mon mari et nos deux enfants, je me suis souvent engagée auprès de structures associatives qui oeuvrent pour des causes qui touchent ma sensibilité et mon humanité. Mon engagement bénévole a débuté en 1995 au sein d’Amnesty International, puis dans les années 2000, en tant que membre du “Pont”, dans le cadre d’une collaboration oecuménique des paroisses romandes de Berne pour l’aide aux Migrante.x. A la même période, je suis devenue membre de “l’ACAT-Berne” ( Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture).

Bien qu'ayant été plutôt préservée dans mon propre parcours, je me suis toujours sentie concernée par la situation des personnes qui traversent des moments difficiles. Sans doute une transmission de mes géniteurs qui ont toujours eu le souci de l’Autre et ont lutté contre les injustices sociales déjà dans leur pays, la République de Guinée-Conakry. En effet, mon père, avec le soutien inconditionnel de ma mère, a été, dans les années 50, parmi les chevilles ouvrières de l’indépendance du pays en 1958.

Arrivée à la retraite dans le canton d’origine de mon mari vaudois, c'était donc pour moi une évidence lorsqu’en 2023 j'ai entendu parler d'une Fondation nommée Surgir sur les ondes de la RTS1. Le présentateur Jean-Marc Richard, toujours au service de l'édifice de la Solidarité, annonçait dans sa rubrique “Chacun pour Tous” que la Fondation Surgir projetait pour l’automne de former des bénévoles en qualité de Multiplicatrices. L'objectif est d'accompagner des personnes migrantes en demande d’aide. J’ai immédiatement été intéressée et j’ai décidé de contacter les responsables.

Les valeurs défendues par la Fondation correspondent pleinement aux miennes : mener des actions concrètes contre les violences de genre. Ma décision de m’engager a été renforcée lors de ma prise de contact en apprenant que la

Fondation mène des actions en République de Guinée-Conakry, mon pays d'origine. L'Association “Les jeunes filles Leaders de Guinée”, qui mène sur le terrain des actions similaires aux nôtres, est accompagnée par la Fondation Surgir. Ainsi, je fais fièrement partie de la première volée des Multiplicatrices.

Qu’est-ce que la formation vous a apporté ?
J’ai en dilettante dans le passé accompagné des amies victimes de violences psychologiques. Le fait de découvrir et de suivre la formation m’a permis de revisiter ces expériences avec un autre regard. Elle m’a apporté une meilleure compréhension de ce qu’elles avaient vécu et une compétence pour une analyse pointue de nos interactions. À l’époque, je n’avais pas encore tous les outils nécessaires. Aujourd’hui, grâce à la formation, j’en ai acquis plusieurs que je me suis appropriés et que je peux utiliser dans l’accompagnement.

Un aspect essentiel pour moi, c’est le fait qu’on apprenne à garder une posture neutre, juste, face aux problèmes des personnes qui ont besoin et sont en quête d’aide. Il est crucial de bien se connaître pour éviter de projeter sur l’autre ses propres attentes. J'ai aussi compris que pour gagner la confiance de la victime en détresse, il fallait la soutenir en validant ses sentiments et surtout éviter de projeter sur elle nos valeurs de quelques ordres qu'elles soient et avoir un comportement sans jugement. Dans certaines situations passées, j’ai donné des conseils trop directifs, et cela n’a pas toujours été aidant. Aujourd’hui je sais grâce à la formation que notre rôle est avant tout d’écouter activement, de soutenir et d’accompagner sans se substituer à la personne. À cela s’ajoute une autre notion très importante pour moi : il faut faire preuve de respect indispensable dans toute relation et crucial envers les vécus des victimes tout en conservant pour boussole la confidentialité de leurs récits.

Comment vivez-vous votre rôle de multiplicatrice ?
Je la vis comme une mission d'apporter, dans la mesure de mes capacités, mon aide que ce soit à des personnes issues de ma communauté ou à d’autres. Je me considère juste comme un maillon d’une chaîne dans laquelle, en se donnant tous la main, nous réussirons à permettre à des personnes de sortir de l’abîme dans laquelle la vie les a amenées.

J’accorde aussi beaucoup d’importance à la capacité à déceler les situations problématiques. Une victime a souvent des difficultés à reconnaître son statut mais aussi à demander de l’aide.

Je me considère comme une Multiplicatrice en permanence parce que je reste attentive à ce qui se passe autour de moi. Par exemple, j’ai pris conscience que certaines personnes “séniors" que je côtoyais pouvaient être concernées par ces situations. Aujourd’hui, ma vigilance accrue et ma sensibilité me permettent aussi de dire aux personnes qui parfois ignorent leurs droits et qui ne savent pas comment s’en sortir : “Je suis là, vous pouvez compter sur moi”.

C’est un processus qui demande du temps. Le temps de se sentir en confiance dans un espace sécurisant créé par la Multiplicatrice et cela est une condition sine qua none pour réussir à passer aux étapes suivantes; elles consistent à les informer à propos des structures et des organismes compétents où elles peuvent s’adresser. Ceux-ci prennent le relai pour une prise en charge plus ciblée en fonction des besoins individuels.

Être une Multiplicatrice ne signifie pas se substituer aux psychologues ou autres professionnels de la santé. Comme je le mentionnais précédemment, ce sont eux qui sont au bout de la chaîne. Notre rôle consiste surtout à orienter les personnes en quête d’aides vers les services appropriés. La formation nous donne les outils nécessaires pour guider ces démarches de manière compatissante, bienveillante et humaine.

Que pensez-vous de l’entraide ?
Il est également essentiel que la Multiplicatrice parvienne à établir un cadre clair d’intervention dès le départ, qu’elle ne se laisse pas déborder et qu’elle s’appuie sur le réseau afin de chercher pour elle-même de l’aide lorsque cela s’impose. C’est d’ailleurs un autre aspect qui est développé durant la formation. Les échanges entre

Multiplicatrices sont d’ailleurs très précieux parce qu’ils permettent de partager, de réfléchir ensemble et de ne pas rester seule face aux situations complexes. 
L’entraide est, selon moi, au cœur des relations humaines. Je crois en la solidarité. Nous évoluons dans une société dans laquelle le “Bien Vivre Ensemble” implique de prendre soin les uns des autres. 
Je pense que notre travail est indispensable car les institutions étatiques ont quelquefois de la peine à répondre aux besoins. Cela dit, je tiens à saluer la mise en place, enfin, du numéro 142, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans toute la Suisse pour les personnes confrontées à des situations de violence. J’en suis tout à fait ravie et je pense que c’est une avancée importante.

Et vous, demandez-vous facilement de l’aide ? 
Oui, cela ne me pose aucun problème. Je pense que c’est essentiel. Je peux compter sur le réseau des Multiplicatrices et je suis également soutenue par ma famille et mes ami.es.

Un dernier mot?
Enfin, il est important de s’écouter et connaître ses propres limites. Comme l’écrit la docteure et autrice Rosette Poletti : “prendre soin de soi pour prendre soin des autres”, c’est “la voie du coquelicot” .

Jeanne, merci. 

Fondation SURGIR 

Avenue Louis-Ruchonnet 3,
1003 Lausanne Suisse

Téléphone : +41 21 311 27 31

IBAN CH4100767000S50103321

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